Témoignage : en Colombie, protéger les réfugiés et les plus vulnérables

? Quentin Top

Témoignage : en Colombie, protéger les réfugiés et les plus vulnérables

Rompue aux interventions d’urgence, l’équipe de Médecins du Monde en Colombie s’est rapidement organisée pour faire face à l’épidémie de Coronavirus. Notamment auprès de migrants vénézuéliens à la frontière avec l’équateur, pays martyr d’Amérique du Sud, mais également auprès des populations défavorisées de Bogota. María Libreros Pinot, coordonne la réponse médicale de l’association en Colombie. Voici son témoignage.

Comment l’épidémie de coronavirus s’est-elle propagée en Colombie??

Le premier cas de coronavirus a été déclaré le 6 mars à Bogota,?la capitale colombienne. C’était une patiente colombienne qui revenait d’Italie. Le nombre de malades a ensuite augmenté régulièrement. Initialement, il s’agissait de cas importés ou associés à ces personnes qui revenaient de l’étranger. Puis le 25 mars, des mesures de confinement ont été imposées par le gouvernement, a priori jusqu’au 26 avril. Aujourd’hui le nombre de cas augmente de 150 à 200 par jour et, pour un grand nombre d’entre eux, on ne sait pas comment les personnes ont été contaminées. C’est pourquoi la Colombie est passée d’une phase de contention de l’épidémie de coronavirus à une phase de mitigation [d’atténuation] de l’épidémie. Car à partir du moment où plus de 10?% des cas sont d’origine inconnue, les mesures de confinement sont durcies pour contenir l’épidémie.

En Colombie, Médecins du Monde travaille sur l'accès aux soins des migrants vénézuéliens et a du réorienter son programme pour accompagner au mieux ces personnes face au coronavirus. ? MdM
En Colombie, Médecins du Monde travaille sur l'accès aux soins des migrants vénézuéliens et a du réorienter son programme pour accompagner au mieux ces personnes face au coronavirus. ? MdM

Quel impact l’épidémie de coronavirus a-t-elle eu sur nos activités en Colombie??

Nous avons actuellement deux bases actives en Colombie. L’une à Ipiales, au sud du pays, l’autre à Bogota. à Ipiales, nous travaillons depuis un an sur l’accès aux soins des migrants qui ont fui le Venezuela et au terme de la traversée de la Colombie se retrouvent dans cette région stratégique pour le passage vers L’équateur. Avec l’épidémie de coronavirus, nous avons réorienté notre programme. Il a d’abord fallu nous équiper pour faire face au virus. Nous nous sommes procuré des lunettes de protection, des masques chirurgicaux et des masques haute efficacité de type FFP2, des surblouses et des thermomètres sans contact qui permettent de prendre température à un mètre de distance des bénéficiaires.

C’est un véritable défi car nous entrons en Colombie dans ce que l’on appelle communément le pic respiratoire. Il est difficile de faire la part des choses et de distinguer une grippe du Covid-19.

Comment intervenez-vous aujourd’hui auprès des migrants vénézuéliens d’Ipiales??

Nous avons trois médecins, trois infirmières et deux psychologues qui mènent des activités de dépistage dans des auberges où vivent les migrants vénézuéliens et poursuivent les consultations de médecine générale, de santé mentale et de santé sexuelle et reproductive. La raison pour laquelle nous avons mis en place très t?t des mesures de dépistage à Ipiales est la proximité de l’équateur. La situation en y est dramatique, notamment à Guayaquil, et les états frontaliers entre la Colombie et l’équateur comptent déjà des dizaines de cas. Or les flux migratoires sont toujours actifs entre le Venezuela et le sud du continent. Des gens essaient toujours de passer et d’autres sont refoulés depuis le sud vers le Venezuela.

En Colombie, les équipes de Médecins du Monde mènent des activités de dépistage dans des auberges où vivent les migrants vénézuéliens. ? MdM
En Colombie, les équipes de Médecins du Monde mènent des activités de dépistage dans des auberges où vivent les migrants vénézuéliens. ? MdM

Cela génère une crise de santé publique. Il y a peu d’auberges à Ipiales et beaucoup doivent vivre à la rue. La xénophobie flambe localement parce que les gens ont peur des migrants qu’ils considèrent comme des vecteurs potentiels du virus. Sans compter qu’il est très difficile de respecter les distances de sécurité, notamment dans les auberges où les personnes vivent les unes sur les autres. Nous prenons régulièrement la température des mêmes personnes, observons l’apparition de sympt?mes. C’est un véritable défi car nous entrons en Colombie dans ce que l’on appelle communément le pic respiratoire, c’est-à-dire l’époque de l’année où se développent des infections respiratoires, des grippes, des pneumonies. Il est difficile de faire la part des choses et de distinguer une grippe du Covid-19.

à partir du moment où une personne migrante est testée positive, comment est-elle prise en charge en Colombie??

Avant l’arrivée du coronavirus, la prise en charge des Vénézuéliens se faisait uniquement par les services d’urgence. Toutes les pathologies non urgentes n’étaient pas prises en charge par les autorités. C’est ce qui motivait notre action, nous pouvions fournir des soins à une personne qui n’était pas en situation de vie ou de mort mais qui avaient besoin d’un suivi, de médicaments. Avec le Covid-19, en théorie le gouvernement colombien assure la prise en charge des migrants qu’ils soient régularisés ou non. Mais cela reste à prouver. La Colombie est un pays qui fait beaucoup de loi mais on ne sait pas toujours comment elles sont appliquées.

Quelles sont vos activités à Bogota??

Nous prévoyons de développer des activités au sud de la ville, dans la localité limitrophe de Soacha.?Tous les jours, au journal télévisé, nous voyons que malgré les mesures de confinement, les habitant des quartiers de Soacha n’ont pas les moyens de rester chez eux. Ce sont des populations très mobiles, souvent des journaliers dans une situation humanitaire critique faute de moyens, d’accès à l’alimentation et au travail. L’objectif est de mettre en place des équipes mobiles pour intervenir dans les foyers pour personnes agées et dans les foyers pour personnes sans domicile fixe. Notre équipe de réponse rapide qui vient en aide aux victimes du conflit armé et des personnes déplacées, sera mobilisée sur des aires urbaines pour identifier des cas de coronavirus?mais aussi pour mener des actions de soins classiques et de soins psychologiques, très importants en ces temps de confinement très anxiogènes.

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Propos recueillis par Thomas Flamerion
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